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Actualité macabre


Chantier de restauration de la Danse macabre de la chapelle de Tous-les-saints de Preuilly-sur-Claise (Indre-et-Loire)

En 2017 nous avions eu l’occasion de parler de ce petit sanctuaire à l’occasion de l’Assemblée générale de DME. L’existence d’une Danse macabre peinte sur ses murs en faisait bien sûr un monument connu de l’association depuis de nombreuses années.
En deux mots rappelons que cette chapelle fut élevée au XV e siècle à la pointe ouest de l’ancien cimetière d’une paroisse, Notre-Dame des Échelles, dont l’église est située en haut du bourg. Elle permettait sans doute de célébrer les funérailles des paroissiens les plus pauvres. Au cours des siècles elle dut subir les avanies des Guerres de Religion, de la Révolution mais surtout les marques d’une restauration radicale au XIXe siècle avant d’être abandonnée peu à peu puis définitivement dans les années 1920.
Laissée ouverte à tous vents, sans entretien, un lierre l’enserra totalement jusqu’au jour où la commune décida de l’arracher sans ménagement provoquant l’effondrement de la façade au début des années 1950. La commune envisagea alors sa démolition pure et simple. Mais un homme éclairé, Henri Lhéritier de Chezelle, fondateur d’une association culturelle de Loches, avait repéré cette jolie petite chapelle, la faisant inscrire à ISMH en 1953. Il finit par l’acquérir pour s’assurer de son sauvetage après qu’il eut découvert derrière l’enduit dégradé, posé sur murs au XIX e siècle, une peinture qui se révéla bientôt représenter une Danse macabre.
Une grave maladie emporta M. de Chezelle qui avait pu faire quelques travaux urgents indispensables. Entre 1975 et 1978, ses enfants remontèrent la façade mais à nouveau rien d’autre ne se passa pendant plus de trente ans, excepté le fait que la commune avait racheté la chapelle en 2001.
La Société archéologique de Preuilly alerta la mairie sur l’intérêt de ce monument et du risque imminent de perdre la rare Danse macabre ornant ses murs. En 2013 un arrêté décida le lancement d’une étude diagnostique. Celle-ci, commandée au cabinet d’architecture J.-P. Barthel de Blois, établie en 2015, soulignait l’état préoccupant de l’ensemble du bâtiment, de la couverture au gros œuvre dans lequel on observait de larges fissures. La charpente, dont l’entrait de la ferme centrale était brisé, déstabilisait elle-même les murs gouttereaux. Bien sûr, ces désordres mettaient en grand péril les décors. La voûte d’abord, ses lambris se détachaient et les peintures, et en particulier la Danse macabre peinte sur les murs, s’estompaient en s’effaçant ou en s’effritant.
Depuis le mois de septembre 2017 jusqu’au début de juillet 2018, la chapelle a vécu le début de sa renaissance après le long abandon dont elle fut victime. À la pointe de son jardin, elle s’élève maintenant dans toute sa splendeur.
Que s’est-il passé ? Les fonds réunis grâce à la mobilisation et à la générosité de tous, rien ne s’opposait plus à l’ouverture du chantier. Le premier souci fut donc de préserver le bâtiment, abri et support de ces décors peints. Cette protection fut assurée par la mise « sous cloche » de la chapelle pour éviter les dégâts par infiltration au cours des travaux et par une sorte de coffrage en bois des peintures murales. On put ainsi procéder, sans risque, à la dépose de la couverture permettant notamment le dégagement des matériaux et autres gravats entassés sur le sommet des murs et sous les charpentes.
Suivant les recommandations de la DRAC, les démontages ont été limités au maximum et les déformations des structures, stigmates du temps et des avanies, conservées. Ainsi certaines sablières très détériorées ont dû être remplacées par des pièces de bois neuf glissées sous la charpente, et le bas des chevrons, purgés des parties dégradées, a été complété par des éléments neufs fixés par chevilles ou boulonnage. Une bâche de protection est également en cours de pose. Le plus gros travail se trouvait sur la ferme médiane brisée et étayée depuis plusieurs dizaines d’années. Son importance a nécessité son démontage et une restauration en atelier avant remise en place.

Au cours de ces travaux la mise à jour de l’assise du clocheton permit de constater qu’elle était octogonale, contrairement à l’élévation en parallélépipède légèrement renflé en sa partie médiane. Son état justifiait le remplacement complet de sa structure en chêne ; une élégante restitution a été réalisée. Les rondelis du pignon, au levant, se trouvaient d’un côté extrêmement dégradés et sur l’autre avaient totalement disparu. Leur rétablissement a été effectué avec une patine particulièrement bien réussie. Parallèlement, après un calepinage précis des lambris de la voûte, le renforcement provisoire des joints entre chaque travée a permis de maintenir en place les lames de bois pouvant l’être encore. Par infiltration de coulis de chaux, le sommet des murs a été stabilisé et les fissures résorbées grâce au même procédé. Enfin un chaînage interne aux quatre angles du bâtiment fut entrepris par insertion de câbles en fibre de verre noyés dans une résine, et introduits après forage à l’intérieur des murs ; il est donc totalement invisible. Une couverture de tuiles anciennes du pays mit la chapelle à l’abri et le clocheton, protégé par des ardoises dans son élévation et sur son toit, reprit possession de sa petite cloche. La croix en fer fut rétablie et un coq en cuivre et en bossage, copie de l’original, apporta une jolie touche finale.
Bien que cette première tranche n’ait eu, à l’origine, pour objet que la stabilisation et la mise hors d’eau du bâtiment, il avait été rapidement convenu de l’étendre à la voûte et à son décor pour profiter des échafaudages intérieurs.

Ainsi donc a été remis en place le maximum de lambris anciens, préalablement dépoussiérés et dont les peintures avaient été fixées à la caséine. Des lames de chêne neuf sont venues combler les manques. Elles ont fait l’objet, par la suite, d’une patine à la chaux ayant pour effet de faire ressortir le tanin du bois et de gommer ainsi le plus possible les différences de ton avec l’existant avant que le temps ne fasse son œuvre.
Enfin les restauratrices ont mis tout leur talent à reprendre les bandes peintes dans les mêmes teintes noir, ocre jaune et rouge, a trattegio sans restitution des décors géométriques ou de feuillage. L’effet est superbe et l’ensemble a ainsi acquis une grande homogénéité.

Parachèvement des travaux et restauration à venir de la Danse macabre :
Cette première étape fut décisive, le sauvetage du sanctuaire enfin assuré. Pourtant rien ne sera acquis tant que son trésor ne sera pas hors de danger autorisant sa mise en valeur. En effet, la Danse macabre a subi bien des outrages du temps et des aléas de l’histoire : piquetages, couverture d’enduit badigeonné, dégradations et vandalisme. Voici comment Sabine de Freitas du Conservatoire Muro D’ell Arte, l’une des restauratrices du décor de la voûte, envisage cette restauration : « Au vu de la relativement bonne lecture actuelle, une restauration ‘timide’ sera du meilleur traitement pour les peintures :

Dégagement des enduits de recouvrement sur la totalité des murs avec consolidation du support d’enduit lacunaire par pose de solins en périphérie des décors ; Dégagement des badigeons recouvrant les décors ; Dépoussiérage délicat et consolidation de la couche picturale ; Enlèvement très ponctuel des repeints par brossage délicat ; Colmatage des lacunes, fissures et trous de piquetage par enduit de chaux aérienne ; Application d’un lait de chaux aérienne sur les lacunes restituables (trous de piquetages et petites lacunes) ; Restauration picturale des arrachements de la couche picturale par pointillisme et des lacunes restituables a tratteggio, techniques aquarelle ou caséine et pigments naturels uniquement (méthode Institut Spinelli). Aucun aplat ne devra être apposé ni restitution abusive par interprétation ; Brumisation en protection d’un fixatif caséine très dilué » (méthode Institut Spinelli).

Par ailleurs, cette seconde tranche comprend la reprise de l’ensemble des enduits, en particulier le garnissage du revers du pignon ouest, actuellement en parpaings de ciment, quelques travaux en pierre de taille, la reprise des sols en tomettes de terre cuite ou en dalles de pierre, l’éventuelle réfection de l’autel et de son emmarchement à partir des blocs épars conservés. Les portes devront être réparées ou refaites et enfin des vitraux mis en place après reprise de certains éléments sculptés des baies. Il ne restera plus alors que la révision des enduits extérieurs, la consolidation des quatre contreforts d’angle et du perron d’entrée. Un drainage périphérique viendra améliorer l’état sanitaire du bâtiment.


Visite LIFI de la Danse macabre de La Ferté-Loupière

Le dimanche 16 septembre 2018, une Danse macabre célèbre était mise à l’honneur : après des années d’efforts la très petite bourgade de la Ferté-Loupière, dans l’Yonne, pouvait s’enorgueillir de présenter la première exposition européenne en Li-Fi, tout nouveau système de transmission utilisant la lumière comme vecteur des données numériques, sans nécessité d’utiliser Internet. Le relatif isolement du village, qui dispose d’un mauvais réseau, a finalement permis de réaliser un « saut technologique » pour remettre en lumière des peintures macabres âgées de cinq cents ans. Le maire du village, Irène Eulriet Brocardi, avait découvert cette technologie au salon des maires de l’Yonne : elle est pour l’instant utilisée surtout pour gérer des stationnements de voitures sur les grands parkings sans personnel…
Dorénavant un curieux de passage à La Ferté-Loupière, muni de son téléphone ou d’une tablette empruntée à l’accueil, peut bénéficier d’une visite guidée en téléchargeant une application puis en se plaçant devant certains points lumineux de la visite. Dans le même temps, durant douze minutes, certaines parties des dessins s’éclairent, proposant au visiteur isolé un véritable son et lumière à la demande.

La Danse macabre de la Ferté-Loupière
C’est l’une des huit Danses macabres médiévales recensées en France. Elle est peinte sur les murs de la nef de l’église Saint-Germain, au cœur de la Puisaye, partie septentrionale de la Bourgogne. Sur vingt-cinq mètres de long défilent quarante-deux personnages parmi les archétypes de la Danse macabre : l’écrivain ou acteur, qui ouvre la marche pour raconter l’histoire, est le personnage le plus singulier du cortège. Il est accompagné de trois musiciens. Défilent devant lui dix-neuf « binômes » : évêque, roi, chevalier, etc. Cette peinture murale, redécouverte sous un enduit en 1910, a été très bien conservée grâce au badigeon temporaire qui l’enveloppait depuis sans doute au moins deux siècles. Les costumes notamment sont restés très colorés. Le décor de l’église est riche en tout de trois autres sujets connexes : saint Michel terrassant le dragon, la Rencontre des trois morts et des trois vifs, et la Vierge de l’Annonciation.

Coûts et financements
La réalisation de ce projet, lancé en 2016 aura demandé un budget de cinquante et un mille euros, dix-huit mille ont été versés par la commune, dix mille par l’association des Amis de la Ferté-Loupière, le reste par des mécènes (les entreprises EDF, NLX spécialisée dans l’éclairage innovant par leds, le syndicat départemental de l’énergie de l’Yonne), par Guillaume Larrivé, député de l’Yonne très investi dans le projet, qui y a consacré sa réserve parlementaire. Le prix Louis de Polignac, parrainé par le prince Albert de Monaco, a été décerné à la Danse macabre de la Ferté-Loupière en 2009 et la dotation a été versée au projet.

La Danse éternelle
Le projet, ambitieux et novateur, avait donc rassemblé près de deux cents personnes par un chaud dimanche de septembre où l’été n’avait pas encore rendu les armes. Avec un peu de malice, on pouvait retrouver dans cette assemblée inaugurale bigarrée, les principaux caractères de toute Danse macabre : le député (qui a pris depuis longtemps en France la place du monarque) Guillaume Larrivé, en phase ascensionnelle est aussi secrétaire général des Républicains), le gendarme armé jusqu’aux dents (anciennement chevalier), le journaliste (le héraut qui vient en tête dans la Danse macabre de la Ferté-Loupière), le modeste bedeau qui ouvrait les portes et tenait les ciseaux (le clerc), mais aussi l’évêque, lui n’a pas changé de nom, l’ambassadeur de Monaco, de jolies jeunes femmes chapeautées comme pour des mariages, des agriculteurs en bottes de caoutchouc, des enfants mignons à croquer… Nous avions pris tous ces personnages en photo dans l’idée d’une illustration en abyme de notre récit, mais en vertu du respect au droit à l’image, nous avons renoncé à la personnification de la Danse macabre de la Ferté-Loupière…