Lundi 23 Octobre 2017
 
 
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VOLUTION PSYCHOLOGIQUE...

L’évolution psychologique de la population occidentale subit deux courants complémentaires : celui des quatre cavaliers de l’Apocalypse et celui de la pensée religieuse.
En France, c’est la guerre de Cent ans qui marque les esprits. S’il ne s’agit pas d’une guerre continue comme en 1914, c’est un long siècle de combats, de sièges, de pillages, de maraudes. Et en 1424 lorsque naît la première Danse macabre (semble-t-il), à Paris, la guerre de Cent ans n’est pas encore terminée.
Les combats en rase campagne sont singulièrement meurtriers puisqu’ils signifient pratiquement qu’il faut tuer son adversaire. Songeons qu’à chacune des trois grandes batailles bien connues Crécy (1346), Poitiers (1356), Azincourt (1415), il y eut de six à huit mille morts, rien qu’en une journée ! Qu’on imagine la tristesse des familles et la dureté des enterrements qui s’ensuivaient…
Le siège des villes était encore plus pénible ; on connaît la situation caricaturale de Rouen, autour duquel les Anglais s’installent peu avant l’hiver, une attitude inhabituelle car on combattait peu en hiver. Comme ils ne paraissent pas disposés à lever le siège, on fait sortir de la ville toutes les bouches inutiles, femmes, enfants, vieillards qui vont périr lentement de faim, de froid, de misère physiologique.
Les troupes sont un immense malheur pour les contrées qu’elles traversent ; même si, au début des épisodes, les soldats sont disciplinés, même si on ne pille pas, même si on indemnise les paysans, on prend tout et il ne reste rien non seulement pour s’alimenter mais aussi pour faire les semis de l’année suivante. Bientôt d’ailleurs les troupes se sentent chez elles et c’est le pillage, l’incendie, le vol et le viol.
Il y a bien pire : lorsque les périodes de combat sont terminées, les soldats sont renvoyés chez eux et, leur solde mangée et bue ils se regroupent et saccagent tout sur leur passage. Ces Grandes Compagnies ainsi qu’on les appelle, sont nombreuses, aguerries, sans foi ni loi, pillent et massacrent ; ils sont français, bretons, anglais, aragonais, basques mais pour le paysan victime de leurs exactions c’est l’Anglais et les noms de Arnaud de Cervole, Guillaume de Caulaincourt, Séguin de Badefol et tant d’autres seront maudits pendant des générations.
Comme on n’a bien souvent plus de grain à semer ou à moudre, plus de bêtes ni de bétail, on a facilement faim ; et comme les transports sont difficiles, aléatoires, mal organisés, dangereux, on aboutit bien souvent à une désertification sur des lieues à la ronde ; ce n’est plus la faim, c’est la famine tuant les faibles d’abord, les forts ensuite.
Enfin, la peste s’en mêle ; mais cette épidémie se fait à une vitesse épouvantable car c’est une peste pulmonaire, tuant en deux jours dans des souffrances affreuses et par asphyxie ; il suffit de pénétrer dans la chambre d’un malade pour mourir soi-même en quarante-huit heures ainsi que l’on constaté des contemporains sagaces. Et on meurt dans des souffrances incomprises, on pense que c’est le châtiment divin qui s’exécute mais pour quels monstrueux péchés ? Et on meurt sans le secours du prêtre car il est mort ou il a fui, et on n’enterre plus les morts faute de place et de bras valides et les cadavres sont entassés aux carrefours ou aux croisées des chemins, amas informes et immondes où tournoient les corbeaux et les loups.
Donc la population vit avec les morts, avec la Mort et l’idée de la brièveté de la vie ne saurait être éloignée. Durant les épisodes de guerre, on ne sait si on sera vivant le lendemain.
Et puis, les ordres prêcheurs, fondés deux siècles auparavant, s’installent en Europe progressivement. Bien des franciscains et dominicains ont la charge des églises et ont un rôle séculier. Or les sermons de ces ordres reposent essentiellement sur la brièveté de la vie, sur le constat que la vie terrestre n’est rien comparée à la vie éternelle et au Paradis. La citation : tu es poussière et retourneras en poussière est dans toutes les bouches monacales et tombe dans des oreilles réceptives puisque justement la situation économique et sociale est terrible. La vie est brève, la mort est prompte à survenir et en pratique elle atteint aussi bien le seigneur que le pauvre en sa chaumière. Cette égalité de la mort, qui n’est pas une revanche sociale mais cosmique et même céleste, est un des points fondamentaux de la Danse macabre.

Da Cemmo, image de peste où les victimes sont atteintes surtout au cou (bubons)

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