Samedi 19 Août 2017
 
 
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VOLUTION DE L'ART...

L’évolution artistique accompagne, bien sûr, l’évolution psychologique et l’évolution sociale, morale et mentale. C’est la présence des morts innombrables qui va guider plus ou moins directement, non pas seulement les artistes, mais surtout les commanditaires. En effet les artistes - tous les enlumineurs, sculpteurs et peintres anonymes des églises et des cimetières - vont agir très directement en fonction de leurs commandes. On a sur ce sujet un document du plus haut intérêt : le contrat passé entre Lienhart Heischer, peintre strasbourgeois et le prieur Johannes Wolfart, daté de 1474. Il lui est prescrit, par exemple, de réaliser les coiffures ecclésiastiques et les couronnes en feuille d’or et il est précisé qu’il recevrait la somme de 90 à 110 Guldens en fonction du degré de satisfaction de l’assemblée des prédicateurs. Il est également indiqué une date limite.
Cette évolution artistique se fait assez brutalement par la représentation du cadavre, en os - donc un squelette - plus ou moins chargé de chair et l’on a alors les morts des Danses macabres ou bien le transi.
C’est évidemment la vision terrible des morts mis en tas qui permet d’avoir… un modèle. Qu’il s’agisse des hécatombes des batailles rangées (Poitiers, Azincourt…) ou des sièges des villes ou bien des épidémies au cours desquelles mouraient des dizaines ou des centaines de personnes par jour, on n’avait plus le temps et les bras pour creuser les fosses et enterrer les morts qui étaient laissés là, à l’abandon, en tas…
Le mort décomposé, le squelette, va donc servir de modèle. Et comme le clergé - surtout les prêcheurs, dominicains et franciscains - ne cesse de parler de brièveté de la vie, du peu d’importance de la vie terrestre par rapport à la vie éternelle, du rôle préventif de la pénitence pour gagner le Paradis, les commanditaires suivent le mouvement et s’inspirent très directement des paroles « Souviens-toi, homme, que tu es poussière et retourneras en poussière ».
Un monument, ou plutôt deux, sont particulièrement évocateurs de cet état d’esprit : les tombeaux d’Amiens de d’Avignon du cardinal de la Grange.
Le cardinal Jean de la Grange - un très grand personnage - avait été évêque d’Amiens et s’était commandé un tombeau pour cette cathédrale - un tombeau avec un gisant. Puis le cardinal s’installa en Avignon où il mourut. Mais bien avant sa mort il avait commandé un tombeau magnifique, en marbre et en albâtre où il est représenté doublement : en gisant et en transi. Ce superbe monument a été grandement détruit par les révolutionnaires et il en reste des fragments - dont le transi presque entier - exposés au musée du Petit Palais d’Avignon. Comme ce tombeau avait été copié, on peut s’en faire une idée actuellement.
C’est ainsi qu’on voit apparaître, à partir de 1380, un grand nombre de monuments funéraires portant des gravures ou des sculptures représentant un squelette ou une partie de celui-ci.
Plus tard, cette iconographie se retrouvera soit dans l’art baroque qui se délecte à ériger des squelettes plus grandioses les uns que les autres soit dans les Vanités dont la signification n’est pas très différente.

Illustration : le trandi du cardinal Jean de la Grange

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