Mardi 23 Janvier 2018
 
 
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UTRES OROLLAIRES...
François Villon
François, né à Montcorbier ou aux Loges en 1431, orphelin de père, est élevé par Guillaume de Villon, chapelain de Saint-Benoît. Mauvais garçon, mais maître ès arts de la Sorbonne, il fut d’abord emprisonné à Meung par l’évêque d’Orléans puis condamné à mort par le Châtelet en 1462 (Ballade des Pendus) mais gracié et interdit de séjour à Paris. On perd sa trace à partir de cette date.
Son œuvre comprend le Petit Testament (1456), le Grand Testament (1461), le Codicille et des poésies diverses. Le Grand Testament est entrecoupé de ballades très connues : Ballades des Dames du temps jadis, Regrets de la belle Hëaulmière, Ballade que Villon fist à la requête de sa mère pour prier Notre-Dame, Ballade des langues envieuses, etc. La célèbre Ballade des pendus (« Frères humains qui après nous vivez… mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre) est dans le Codicille.
L’œuvre, très agréable et très facile à lire, traduit la verve, la philosophie, la joie de vivre et la nostalgie de Villon. Une discrète autobiographie se trouve dans le Petit Testament, et au cours de ses diverses ballades on observe les principaux thèmes auxquels nous sommes habitués :

- égalité par la mort dans le Grand Testament, 36 :
            Mieux vaut vivre sous gros bureau [vêtement de bure]
            Pauvre, qu avoir ete seigneur
            Et pourrir sous riche tombeau.
       et surtout 39 :
            Je connais que pauvres et riches
            Sages et fols, prestres et lais… [laïcs]
            Portant atours et bourrelets
            Mort saisit sans exception.

- Description de la mort dans le Grand Testament, 40 et surtout 41 :
            La mort le fait fremir, pallir
            Le nez courber, les veines tendre,
            Le col enfler, la chair mollir
            Joinctes et nerfs croistre et estendre.
       et aussi la strophe 76 :
            Item, mon corps je donne et laisse
            A notre grant mere la terre
            Les vers n y trouveront grant graisse…

- Le Ubi sunt dans la Ballade des Dames du temps jadis ; Ballade en vieux langage français :
            … ou de France le Roy très noble
            Sur tous autres roys decores
            … S en son temps il fust honore
            Autant en emporte le vent.

- Fragilité des biens de ce monde : Grand Testament, 43 :
            Ce monde n est perpetuel
            Quoi que pense riche pillard
            Tous sommes sous mortel coutel.
       et aussi la Ballade des Seigneurs du temps jadis.

- évolution du corps dans la vieillesse, dans les Regrets de la belle Hëaulmière.

- Peines d’Enfer, dans le Grand Testament, 72 et 73.

Il y a de nombreux autres exemples que nous ne pouvons énumérer ; Villon n’est pas un moralisateur, on n’observe ni plan ni suite dans ses ballades qui restent des œuvres autonomes, isolées ; on a l’impression qu’il écrit au fil des idées ou du calamus. Il est réellement imprégné de la moralité religieuse de son siècle et ce ne sont pas les tourmenteurs du Châtelet ou de Meung qui lui auraient ôté l’idée de la fragilité de la vie.
Illustration : N-D des Fontaines ; Judas s'est pendu et le démon extirpe son âme par ses tripes et non par la bouche.
Le Mors de la pomme
Cette œuvre pourrait être traitée avec les Danses macabres tant elle leur ressemble ; pourtant elle offre avec ces dernières des différences fondamentales justifiant une place particulière.
Nous savons que cette édition a été réalisée par Jean Miélot, chanoine de Lille, en 1468 ; Jean Miélot est né dans la Somme, sans doute à Gueschard, vers 1400 ; il était copiste, enlumineur et traducteur de Philippe le Bon. Il était aussi chapelain de Louis de Luxembourg, comte de Saint Pol. Nous savons aussi que l’auteur de ce manuscrit a tenu à rester anonyme. Il y a huit folios recto verso, numérotés de 107 à 114.
L’ensemble du dessin est très naïf ; les personnages sont réalisés de façon un peu enfantine, avec des traits relativement grossiers, rehaussés de couleurs douces : bleu, jaune, rose ou beige. Les squelettes sont si schématiques qu’il est difficile de discerner s’il s’agit d’un squelette vrai, d’un écorché ou d’une silhouette intermédiaire car, si l’épaisseur des membres et du tronc laisse supposer la présence de chair en quantité importante, le dessin des articulations et de la cage thoracique évoque plutôt la sécheresse du squelette. Habituellement ces morts sont éviscérés, et leur crâne même n’a pas l’aspect traditionnel de la tête de mort ; de plus, ils sont nus, à trois exceptions près : celui de l’empereur, du Christ en croix, du  docteur.
Le folio 107r
Représente Dieu le Père dans les nuages, avec un prologue en soixante-trois vers expliquant (vers 15) :
    L’istoyre du Mors de la Pomme
    Qui cy est pour montrer a homme
    Qu est de luy et qu il devendra
    Car en figure le verra.
    (37) Mort corporele en sa main tient
    Trois dars dont son règne maintient.
    Voy la grande commission
    Dont la Mort fait ostension
    C’est le mandement criminel
    Qu elle obtient du Roy eternel.

Chacune des faces de ces folios comporte deux parties décrites respectivement ci-dessous à gauche et à droite.
Folio 107v
Dieu le Père, vêtu d’un manteau, recommande à Adam et ève de ne pas manger le fruit ; ceux-ci sont nus, mais à l’aise.
Le péché est commis, Adam et ève semblent découvrir leur nudité qui les gêne ; en arrière-plan, dans l’arbre, se coule un serpent à tête humaine tandis qu’au premier plan gît un mort.
Folio 108r
Dieu donne les trois dards à la Mort. Ceux-ci sont présentés par un ange tandis qu’un deuxième se tient à côté, portant une longue épée dans ses deux mains.
Là se trouvent Adam et ève ainsi que la Mort ; ceux-là constatent que la mort les suivra partout, qu’ils devront travailler et souffrir du froid et du chaud.
Folio 108v
On observe la Mort entre deux anges qui tient à la main son mandement et qui le commente. Les anges expliquent la leçon que l’on doit en tirer. Le mandement déroulé est tenu par la Mort.
Folio 109r
Abel est tué par la Mort alors que Caïn est spectateur indifférent ou amusé.
C’est la pucelle, portant une cruche de la main droite et un panier de la main gauche, qui est tuée. Derrière elle arrive une femme tenant aussi une cruche et qui a posé à terre un panier à anse.
Folio 109v
Ici est tué un vieillard assis à une table, accompagné de la « Meschine », de la servante. L’arche de Noé est en arrière-plan, avec le soleil et la lune, cependant que la Mort frappe un homme qui s’écroule, de même que sont renversés les constructions humaines.
Folio 110r
Le géant enlacé par la Mort est assis sur un cheval, entouré d’un groupe de cavaliers ; son écuyer fait un commentaire sur l’inutilité de la puissance corporelle.
La princesse est assise devant une table entre deux seigneurs et la Mort frappe par-derrière, faisant reculer d’effroi le maître d’hôtel.
Folio 110v
C’est un enfant au berceau qui est frappé, à la désolation de sa mère.
Le laboureur travaillant de sa bêche est atteint par-derrière tandis qu’à ses côtés de lui un semeur remplit son sac de grain.
Folio 111r
Un chanoine assis et lisant ; c’est le chapelain un peu en retrait de lui qui est frappé.
La damoiselle se regarde dans son miroir tandis que la chambrière commente :
    Ce miroer ci est exemplaire
    A tout homme qui est mortel.
Folio 111v
Une femme couchée dans son lit est en train d’expirer car en même temps que la Mort la frappe on observe un ange et un démon qui se disputent son âme, cependant qu’une autre femme lui place un cierge entre les mains ; un chapelain est également présent qui tient le récipient d’eau bénite. Dieu le Père est assis sur un arc-en-ciel, les pieds posés sur le monde : à sa droite un ange lui présente l’âme dont il avait la garde et à sa gauche Satan rappelle à Dieu que l’âme ne peut plus acquérir grâce ni pardon puisqu’elle a quitté le monde. Très caractéristique est la supplique de l’âme :
    Las, or suys devant Dieu venue    
    En particulier jugement
    Du monde partant povre et nue
    Aider ne me puis nullement.
Folio 112r
Est représenté ici le pape accompagné du cardinal, mais c’est le pape seul qui est frappé ; il est d’ailleurs entouré de deux autres cardinaux et d’un évêque. Ici encore la Mort cite le pape pour le « Particulier jugement ».
Là, c’est une bataille ou un tournoi. Des deux chevaliers à cheval, l’un est frappé par la Mort et c’est le champion qui constate que son tour arrivera.
Folio 112v
Le changeur assis à sa table est frappé par une Mort gesticulante et sautant par-dessus la table ; le bourgeois témoin de la scène constate qu’il est pénible de mourir lorsqu’on est riche.
La reine à cheval est frappée tandis que le roi commente la puissance de Dieu.
Folio 113r
L’empereur est saisi par la Mort qui lui met la main sur la poitrine ; deux nobles de sa suite parlent de la vanité des honneurs mondains.
Le Christ en croix : au pied de celle-ci se tord un démon vaincu, ayant à sa droite la Mort (qui tient toujours son mandement) et à sa gauche le centurion. Ces quatre textes sont suffisamment éloquents pour que nous les reproduisions :
    La mort : Celluy qui sur moy a puissance
    C’est humblement a moy subvenir
    Et a fait ceste obeissance
    Pour rendre vie a ses amis…
    Jhesus : Je sueffre mort et passion
    Pour vraye amour dont j aimme lomme
    En croix fais reparation
    Du mors qu Adam fist en la pomme.

    Lucifer : Rempli suis de deuil et denvie
    A ce coup perdons les humains
    Sur cet arbre est le fruit de vie
    Qui les delivre de noz mains.

Folio 113v
Le docteur assis dans une cathèdre est frappé, encore par-derrière, alors que le fol dont l’attitude traduit bien l’état mental lui tourne presque le dos.
à droite, se tient un couple d’amoureux assis sur un banc, dont la femme est frappée du dard.
Folio 114r
Il présente un dessin unique surmontant six strophes : un homme et une femme sont précipités dans une fournaise par deux démons. Cette fournaise est entretenue par deux autres démons qui s’activent sur les soufflets ; au centre un diable maintient une femme frappée d’un fléau par un acolyte. Le texte traite du Purgatoire, de l’Enfer et du Paradis.
Folio114v
La dernière image est une gueule d’Enfer où se tiennent les démons et divers personnages dont deux rois. En bas à droite, un homme barbu coiffé d’un bonnet déroule autour de lui un phylactère sur lequel on peut lire : L histoire du Mors de la Pomme, c est cy.
En bas à gauche sont deux strophes dont voici la dernière :
    Plaise vous tous a Dieu prier
    Pour lacteur qui point ne se nomme
    Et ne vueillez pas oublier
    Listoire du Mors de la Pomme.

Quelques commentaires peuvent être faits :
- l’analogie avec la Danse macabre réside dans la brutalité de la survenue de la mort ; ces individus sont saisis en quelque sorte par traîtrise ; le texte le dit assez clairement et l’iconographie confirme l’arrivée inopinée de la Mort, qui surgit le plus souvent par-derrière.
- la Mort atteint tous les individus : pape, empereur, laboureur, usurier, enfant, amoureux…
En revanche, quelques différences significatives entre le Mors et les Danses doivent être retenues ;
- tout d’abord l’absence de hiérarchie : non seulement sont saisis des individus d’états divers, mais ils le sont manifestement au hasard. Nous n’avons presque jamais observé de Danses macabres qui ne respectent pas scrupuleusement la hiérarchie, surtout parmi les premiers processionnaires.
- ensuite, ces victimes sont actives, ou à peu près ; alors que la Danse les présente toujours immobiles, debout, accompagnées de leur mort, ici au contraire, on sent, on devine, on voit l’activité du docteur, du changeur, du laboureur.
- et puis, nos victimes ne sont pas seules : à leur activité se joint un entourage, présent et plus ou moins actif lui aussi.
- enfin, dans les Danses les morts n’attaquent pas les vivants, mais les emmènent ; ici au contraire la mort – le mort – tue sa victime.
Une autre différence caractéristique avec les Danses primitives est que notre Mors tourne autour du Péché originel et des ses conséquences. Lorsque l’on observe de nos jours la Danse de Meslay-le-Grenet ou de Kermaria, c’est par une déduction intellectuelle que nous pouvons rattacher la mort de la Danse à la mort de la Genèse. Au milieu – ou au début – du XVe siècle, l’auteur du Mors donne la solution, avec force détails : sept images précèdent la mort des humains, cinq autres servent d’appui et de conclusion à cette iconographie parfaitement chrétienne.
Cette œuvre pose un problème chronologique certain : elle est plus complète que les Danses médiévales ; plus complète iconographiquement, mais surtout de façon didactique. La Danse est censée poser – en première analyse – le problème de la mort de l’homme et de l’égalité qu’offre cette mort sans traiter de sa cause ni de son incidence religieuse. Le Mors nous rappelle l’origine de la mort, donc sa cause, et nous donne le moyen de tromper cette mort par la vie éternelle. Mais cet aspect didactique est-il contemporain, antérieur ou postérieur à la Danse macabre ? à notre sens, le Mors est postérieur à la Danse pour la raison suivante :
Cette dernière a été établie, pensée et réalisée sous la poussée du malheur et traite donc essentiellement de l’égalité provoquée par la mort ; ce n’est qu’après une certaine maturation religieuse et intellectuelle que l’auteur du Mors a pu penser que cette égalité, cette mortalité était précisément provoquée par le Péché originel, péché qu’il a donc fait figurer en tête d’une Danse macabre de sa composition.
De plus, il est très possible que le Mors soit apparu pour les mêmes raisons que l’Ars moriendi : réaction chrétienne à la formulation matérialiste de la Danse ; notre conclusion du Mors est alors identique à celle de l’Ars moriendi.
Illustration : cliché BnF, Ms 17001


La danse de Bar-sur-Loup
Près de Nice, la petite ville du Bar-sur-Loup possède dans son église un tableau représentant une danse des vivants : onze hommes et femmes sont en train de danser en rond au son d’un fifre et d’un tambour joués par le même musicien.
Au premier plan à gauche, la Mort portant un carquois et armée d’un arc, décoche ses flèches sur les vivants insouciants.
A droite, saint Michel effectue le Pèsement des âmes en présence de Dieu le Père, tandis que trois diables saisissent les âmes et les précipitent dans la gueule du Léviathan, l'un d'eux tentant de fléchir la balance de saint Michel.
A l’extrême gauche, une foule considère ces danseurs mourants et semble en tirer la leçon. Un des danseurs est déjà mort, atteint d’une flèche cependant qu’un démon saisit son âme, petite silhouette blanche sortant de sa bouche. Chacun des danseurs ainsi que le musicien, est représenté avec un diablotin dansant lui-même au-dessus de chaque tête. L’image est originale.
Un texte en provençal est placé sous l’image. Ce sont trente-trois vers disposés en deux colonnes ; la symétrie est donnée par le « Amen » disposé en trente-quatrième ligne.
Il ne s’agit donc pas d’une Danse macabre comme on peut le lire çà et là, mais d’une danse des vivants ; la Mort elle-même ne danse pas, ce n’est ni une danse des morts ni une danse de la Mort. Cette œuvre s’inscrit évidemment aussi dans le cadre très général du Memento Mori.

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Visiteurs : 733548 © Association des Danses Macabres d'Europe - 2009 - Mis à jour le : 19 - 01 - 2018