Lundi 19 Février 2018
 
 
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ITTERATURE...
Jean de Castel
Petit-fils de Christine de Pisan, fils de Jean né en 1383 et qui fut secrétaire du roi, notre Jean naît avant 1425. Bénédictin en 1439 à Saint-Martin-des-Champs, il reçoit une récompense pour avoir écrit un éloge à Notre-Dame : Frère Jean du Castel, de l’ordre de Saint Benoît, reçut en janvier 1459 20 écus du Roi [Charles VII] pour « ung role de parchemin de plusieurs beaux ditez par luy faiz en rime a la louenge de Nostre Dame et unes lettres myssives aussi en rimes adressant audit seigneur ». Il correspond et échange des ballades avec Georges Chastelain, puis il est secrétaire de Louis XI en 1470, avant d’être nommé abbé de Saint-Maur-des-Fossés trois ans plus tard. Il meurt le 24 février 1476.
Le Miroer des pecheurs traite de l’inutilité des biens de ce monde ainsi que de la méditation sur la mort et des fins dernières. On retrouve nettement le thème du Speculum peccatorum [Miroir des pêcheurs] du pseudo Augustin qui fut si en vogue aux XIVe et XVe siècles. C’est aussi l’Ars moriendi, c’est Savonarole.
Jean de Castel écrit aussi le Miroer des Dames et Damoiselles et de tout sexe feminin, méditation sur les vanités de la beauté, du pouvoir et des richesses, sous forme d’une momie de jeune femme qui instruit d’autres vivantes. En fait ces œuvres sont regroupées, par exemple à la BnF, Réserve des livres rares, VELINS-2229 ; on peut lire le début du texte : « En ce present volume sont contenus trois livres. Le premier est nommé le specule [miroir] des pecheurs. Le second livre est appelle lexortacion des mondains tant gens deglise comme seculiers. Le tiers livre nomme lexemple des dames et damoiselles et de tout le sexe femenin ». Ce volume a été imprimé pour Antoine Vérard en 1505.
En 1440 déjà, Jean de Castel était considéré comme le plus grand poète de son temps.
Illustration : Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, VELINS-2229

Le Laboureur de Bohème
En 1400, Johannes von Tepl perd brusquement Margarete, sa jeune et jolie femme qu’il adore. Johannes est un scribe érudit vivant à Saaz, en Bohême et né dans la ville dont il porte le nom. Entre 1401 et 1404, il écrit le procès qu’il intente à la Mort devant le tribunal de Dieu, selon une plaidoirie de trente-quatre chapitres. Les premiers chapitres sont un violent réquisitoire contre la mort qu’il maudit : Vous, mort, soyez maudite, que toujours soyez couverte d’opprobre, soyez engloutie par le mal. La mort – le mort, ici, est d’abord surpris et lui demande qui il est et quelle est sa plainte. Le troisième chapitre présente le plaignant : On m’appelle le laboureur. Ma charrue est un vêtement d’oiseau et j’habite le pays de Bohême ; je vous hais, vous résiste, vous déteste pour toujours parce que vous m’avez enlevé complètement la treizième lettre de l’alphabet
Sa charrue est la plume dont il se sert pour écrire son réquisitoire ainsi que ses autres travaux car c’est un clerc, un érudit. Le dialogue se continue par l’énoncé des qualités physique et morales de Margarete, par la colère et les imprécations de Johannes, par l’exposé du bonheur que lui procurait son épouse. Le texte est violent, le laboureur est véhément :
Quoique j’éprouve de l’amertume, de tout mon cœur je rends grâce à Dieu qui m’a fait connaître la jeune fille sans défaut. Mais vous, méchante Mort, que Dieu vous haïsse éternellement. Que tout ce qui existe au ciel, sur terre et en enfer vous manifeste hostilité et haine.
Mais bientôt le Laboureur se calme et devient progressivement timide, cependant que la mort devient de plus en plus agressive et répond sur le même ton violent, cruel et ironique :
Ta plainte est non avenue, elle émane d’un esprit dérangé. Et plus loin : Rends-toi compte, imbécile, examine avec le poinçon du bon sens dans la raison et tu trouveras ; il est stupide celui qui déplore les mortels. Arrête ! Les vivants avec les vivants, les morts avec les morts ! Réfléchis mieux, esprit faible, sur ce dont tu te plains et ce dont tu devrais te plaindre…
Le laboureur se fait donc plus modeste, plus humble, alors que la Mort devient de plus en plus rude et dominatrice. Au trente-troisième chapitre, Dieu donne son verdict et conclut ainsi :
Comme chacune des quatre saisons se vantaient de leur utilité, elles oubliaient que leur pouvoir venait de Dieu. Vous deux faites de même ; le plaignant déplore sa perte comme s’il avait sur cet objet un droit successoral ; il ne se doute pas qu’elle lui fut prêtée par Nous. La Mort se vante d’un grand pouvoir en oubliant qu’elle l’a reçu de Nous en fief. Cependant la dispute n’est pas sans fondement et vous avez tous les deux bien combattu : l’un est contraint par la douleur à porter plainte, l’autre à parler de sagesse. Au plaignant revient l’honneur, à la Mort la victoire. Chaque homme a le devoir de remettre à la mort, sa vie, à la terre, son corps et à Nous son âme.
Le dernier chapitre est la prière du laboureur pour l’âme de sa femme défunte.
L’analyse détaillée du Laboureur de Bohême et les grandes lignes de la vie de Johannes von Tepl qui ont pu être reconstituées montrent que l’auteur était un universitaire, érudit, imprégné de français, d’allemand, de provençal. On peut croire que son œuvre soit un véritable coup de cœur lancé après la mort de sa femme. Mais une lettre retrouvée en 1933, à Fribourg, dément la sincérité affective de l’auteur – au moins dans la forme – car il écrit à Peter Rothoïsch, citoyen de Prague, qu’il lui adresse Le Laboureur de Bohême sur sa demande et qu’il s’agit d’un exercice de style de rhétorique. L’analyse détaillée de l’œuvre introduit un doute : travail de pure rhétorique ou cri du cœur authentique ? En vérité on ne sait pas mais les deux hypothèses peuvent coexister ; cet érudit, ce rhétoriqueur a bien possiblement perdu sa jeune et jolie femme qu’il adorait.
En outre, il a été trouvé au siècle dernier un manuscrit tchèque qui traite sensiblement le même sujet : le Tkadlecek est le tisserand qui se plaint de son malheur.
Les savants ont discuté de l’antériorité de l’un et de l’autre de ces textes, et la réalité est peut-être que l’un comme l’autre suivaient un modèle actuellement perdu ou non retrouvé.
Il existe près de vingt manuscrits de cette œuvre et une quinzaine d'incunables.
Illustration : manuscrit de Heidelberg, CPG 76.
Georges Chastellain
Celui qu’on appelait familièrement Georges, ou l’Aventureux, est né en Flandre vers 1405 et meurt à Valenciennes en mars 1475. C’était un serviteur, un proche et un fidèle ami de Philippe le Bon, avant d’être l’historiographe de Charles le Téméraire qui l’arma chevalier.
C’est vers la fin de sa vie qu’il écrivit, à Valenciennes, ses célèbres Chroniques. Mais l’œuvre qui nous intéresse est le Miroir de Mort, écrit entre 1450 et 1455, qui comprend quatre-vingt-treize huitains octosyllabiques.
Le début plonge le lecteur dans le vif du sujet : l’auteur est en train de voir mourir la femme qu’il aime ; l’expression simple et poignante, sans emphase, rappelle étonnamment Le laboureur de Bohême. La femme adorée meurt à la septième strophe et l’auteur réfléchit à l’instabilité de la vie ; à partir de la quatorzième strophe, c’est le Ubi sunt et, après la vingt-deuxième, on arrive au constat d’impuissance devant la mort, à l’inutilité de la lutte, qui se transforme rapidement en moralité pour bien mourir, une moralité qui s’adresse bientôt à son interlocuteur, à son lecteur : « Regarde où sont allés nos pères… ».
Georges persévère alors dans la leçon de morale, dans le thème du mépris du monde à cause de l’inutilité et de la précarité des biens terrestres. C’est un sermon, un peu à la manière de Hélinand, reprenant sans cesse des exemples pratiques : beauté physique, vêtements, harnachements, et s’adressant successivement, telle une Danse macabre, au chevalier, au gentilhomme, à l’abbé, au bourgeois ; à la quarantième strophe, la leçon de morale chrétienne continue de se préciser en même temps que l’horrible agonie entre en scène, à la Villon : à la quarante-huitième strophe, on rejoint l’Ars moriendi, avec :
            L’adversaire de notre loi
            Qui se montre hideux et noir
            Disant pécheur tu es à moi…
à partir de la soixantième strophe, c’est une Passion ou même un Stabat Mater rejoignant le Péché originel :
            Par le premier péché commis
            Du père du humain lignage…
et donc du Mors de la Pomme.
Les vingt dernières strophes sont de nouveau une leçon de morale détaillée, en rapport avec la gloire et l’amour du Christ. L’intérêt et la caractéristique de cette œuvre résident d’une part dans sa facilité de lecture, son style précis et didactique, d’autre part dans l’évocation de la totalité des principaux thèmes macabres du XVe siècle.

Illustration : Le Laboureur de Bohème, Knoblochtzer, Strasbourg, 1477 ; Nüremberg, Germ. Nat. Museum
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