Samedi 19 Août 2017
 
 
En France En Europe Prémices Corollaires Autres Aspects Publications L'Association
UTRES SPECTS
 
 ÷ Vanités
 ÷ Memento Mori
 ÷ Monuments funéraires
 ÷ Colonnes de peste
 ÷ Album Photos
 
 
 
ONUMENTS FUNERAIRES...
Tombes et tombeaux

On pourrait penser que les tombes font par essence, partie de l’art macabre mais ce serait donner à ce terme macabre un sens un peu trop général. Nous avons choisi de répertorier les pierres tombales et monuments qui présentent un décor macabre, celui-ci pouvant être un squelette ou une partie de celui-ci, un sablier, un Putto, un flambeau éteint comme on peut en voir sur des sarcophages de l’Antiquité. De cette manière, toutes les tombes ne sont pas macabres, loin s’en faut.
En matière d’art funéraire (plusieurs associations existent à ce propos), toutes les époques sont intéressantes, de la plus haute antiquité à la période contemporaine et moderne. Les sculpteurs et les imaginations s’y sont donnés libre cours.
En matière d’art macabre les tombes médiévales ne sont pas très fréquentes, ne serait-ce qu’à cause des déplacements et destructions. Nous visitons avec intérêt le cimetière de Marville, dans la Meuse et sa chapelle transformée en musée lapidaire. En dehors d’une multitude de tombes anciennes captivantes nous y observons un ossuaire où les os innombrables sont remarquablement rangés et voisinent avec des boites à crânes. Si les ossements sont très anciens, les arrangements ont été faits au XIXe siècle.
Ces boites à crâne sont peu connues et assez curieuses ; on en trouve non rarement en Bretagne mais nous en avons trouvé une fois en Italie et aussi en Hongrie. Le but, bien sûr était de conserver l’identité du mort après que les os eussent été regroupés, anonymes, dans les ossuaires. Ces boites datent du XIXe siècle, elles portent le nom du défunt.
L’apparition de ces tombes médiévales et post-médiévales suit l’évolution artistique en rapport avec les grands tremblements de la Grande Peste noire et des calamités du XIVe siècle. En dehors de l’art macabre nous pouvons être captivés par des tombes de profession, comme dans le cloître Saint-Bavon de Gand ou le cimetière du Chalard à côté de Saint-Yrieix La Perche (Haute-Vienne).
Les XVIe et XVIIe siècles voient l’apparition de superbes monuments funéraires, en France comme ailleurs mais il faut attendre un peu et arriver à l’époque baroque pour voir une multitude de monuments funéraires tous plus « macabres » les uns que les autres, ceci davantage en Autriche et en Bavière que dans le reste de l’Europe. Dans ces deux contrées en effet on a « baroquisé » presque toutes les églises ainsi que les couvents romans et gothiques et l’on assiste à une explosion de cet art exubérant. La collection des ces tombes baroques est impressionnante et si l’anatomie laisse parfois un peu à désirer le grandiose, énorme, théâtral est roi.
Plus tard encore, du XIXe siècle à nos jours, l’art macabre disparaît pratiquement – la mort interdite dont parlait Philippe Ariès – mais les familles aisées continuent à rendre grand honneur à leurs défunts par des sculptures magnifiques où l’on discerne parfois la notion de gisant moderne. Beaucoup de nos grands cimetières révèlent de superbes monuments et peuvent faire les délices de certains photographes. La tendance actuelle à la crémation va faire disparaître ces beaux monuments et il faudra bien que les urnes cinéraires deviennent à leur tour des supports de cette forme d’art.

Illustration : la tombe de Agnès Bernauer au cimetière de Straubing (Bavière).

Le Transi

C’est une cassure, une révolution artistique, le transi apparaît parmi les gisants ; l’horreur et les vers, la putréfaction et les crapauds remplacent assez brusquement le sourire céleste, le heaume et le hennin. Guillaume de Harcigny ne joint pas les mains dévotement, mais tente de ses phalanges sèches de cacher un sexe pourri depuis longtemps (citation de émile Mâle). Vingt ans plus tard, le cardinal Lagrange exhorte le passant non pas à prier pour lui, mais à faire preuve d’humilité, car « tu seras bientôt comme moi, un cadavre hideux, pâture des vers ».
Ce n’est pas une idée simple que cette mise en application de contemptus mundi (mépris du monde). Il est bien significatif d’un glissement intellectuel, c’est à dire moral et religieux, où la vie éternelle est au second plan, après la décomposition terrestre - après ce siècle de peste, d’épidémie et de morts innombrables.
Le médecin Guillaume de Harcigny a vu des morts mis en tas, il a constaté son impuissance devant le fléau, et il ne serait pas étonnant qu’en signe de réalisme il ait voulu se faire représenter en transi.
Ce nouveau mode de sculpture va de pair bien entendu avec la représentation générale de la mort, de la Danse macabre. Les transis sont réalisés en nombre relativement réduits : sauf erreur on en dénombre cinq au XIVe siècle, soixante quinze au XVe siècle, cent cinquante-cinq au XVIe siècle et seulement vingt-neuf au XVIIe siècle, et un réalisé en 2005 qui appartient à un collectionneur privé.

Illustration : Transi de l’église de Gisors

Le Gisant

Le gisant apparaît en Europe de façon extrêmement progressive tout au long du premier millénaire. Les civilisations qui nous ont précédés (Rome, égypte…) avaient coutume de représenter les hauts personnages après leur mort. Le but était de conserver la mémoire et l’image du défunt tout autant que de lui assurer une pérennité dans l’au-delà. Pour des raisons sociales surtout, financières aussi, seuls les grands personnages bénéficiaient d’une effigie ou d’une marque de reconnaissance.
L’église primitive s’insinue dans ces rites et coutumes ; les sarcophages antiques sont parfois remployés et très progressivement on se met à représenter le visage, le corps de ceux qui se sont hissés au-dessus du comportement commun et donc les saints vont bénéficier de ces mesures. C’est à la fin du premier millénaire que l’on discerne les premiers gisants tels que nous les connaissons ; gravés en relief plus ou moins accentué, bénissant ou tenant leur crosse, et bientôt les mains jointes selon l’attitude du corps lui-même à l’intérieur du tombeau, ceci pour les laïcs qui commencent à se mêler aux religieux grâce à leur vie exemplaire et, ou, à la fondation de quelque monastère.
Parallèlement la société se structure : les trois états s’individualisent ; puisque la noblesse a pour rôle de défendre ceux qui prient, ceux qui travaillent, ceux qui sont faibles ou opprimés et surtout Dieu et la religion (Cf. les croisades), il paraît logique que leur représentation suive le même cours que celui des saints ecclésiastiques.
L’attitude des gisants se fixe et perdure. La silhouette est celle d’un individu debout (bien qu’il soit à l’horizontale), les mains jointes en une dernière oraison. Le visage est calme, serein, les yeux sont habituellement ouverts puisqu’il est représenté vivant. La tête repose sur un coussin ou une draperie, entourée parfois de deux anges ou de deux orants. Il est vêtu somptueusement, bien souvent de l’armure caractéristique de sa fonction et son écu est alors placé à son côté. Les pieds reposent sur son chien familier ou plus souvent sur un animal héraldique. Les Dames sont également superbement vêtues et ont une attitude analogue.
Il est à noter que les visages, anonymes pendant des siècles, se rapprochent peu à peu de la réalité, une habitude reposant sur le désir réel de conserver la mémoire mais aussi sur un aspect social relatif à un grand personnage qui doit marquer l’Histoire.
Le matériau est habituellement en pierre appartenant au sol local (granit, grès, calcaire blanc ou noir, marbre, parfois albâtre) mais un certain nombre a été fondu en bronze, en particulier dans les pays germaniques.

Illustration : le gisant de Othon I° à Grandson, en Suisse, Sud-Est du lac de Neuchâtel

separe
 
       
Visiteurs : 709819 © Association des Danses Macabres d'Europe - 2009 - Mis à jour le : 04 - 07 - 2017