Vendredi 17 Août 2018
 
 
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ONUMENTS FUNERAIRES...
Lanternes des morts
Description

C’est un fût creux cylindrique ou carré, plus ou moins élancé, réalisé dans le matériau de la région, reposant en général sur un socle composé de quelques degrés ; une pierre d’autel y est souvent présente. Ce fût est surmonté d’un lanternon percé de quatre fenestrons (indiquant sans doute les quatre points cardinaux), couronné d’une croix en pierre et à partir du XIIIe siècle en fer forgé. à la base une petite porte sert à introduire la lampe que l’on hissait à l’aide d’une poulie dans le lanternon.
Ces éléments permettent d’éliminer les croix hosannières qui ont un fût plein et qui ne comportent pas de dispositif d’éclairage, comme c’est le cas à Cormery, ainsi que les montjoies en Provence ou les Bildstöke en Alsace-Lorraine, ces petits oratoires qui abritent une statue de la vierge ou d’un saint comme on peut le voir à Kaysersberg en Alsace. Les lanternes des morts sont aussi confondues avec des échauguettes ou avec de simples cheminées, comme c’est le cas à l’abbaye de Fontevraud.
Ces lanternes peuvent être plus ou moins ouvragées, le fût peut s’orner de colonnettes terminées par des chapiteaux, ou encore le clocheton est sculpté en écailles.
Elles peuvent mesurer de quatre à près de vingt-cinq mètres de haut comme c’est le cas à Oléron.
On les trouve actuellement encore le plus souvent dans les cimetières mais elles marquent également l’emplacement de l’ancien cimetière, déplacé, et se trouvent de ce fait plus ou moins isolées, mais non loin de l’église.

Leurs origines

Il ne fait aucun doute qu’elles ne sont pas d’origine païenne, elles sont chrétiennes ne serait-ce que parce qu’elles sont apparues aux XIIe et XIIIe siècles, pas avant. Elles sont placées dans les cimetières et leur clocheton est surmonté d’une croix, presque toujours.

Leur rôle

Il fait l’objet de plusieurs hypothèses plus ou moins baroques ou farfelues. Pour certains auteurs du XIXe siècle, les lanternes des morts sont des phares destinés à guider le voyageur fatigué ou à signaler au loin les cimetières soit pour les trouver plus facilement soit au contraire pour les éviter. Pour d’autres elles ont éclairé les réunions des parents du défunt, sous leur lumière des femmes se livrant à des danses religieuses et mystiques ; elles auraient aussi permis aux morts de quitter leur tombe la nuit et retrouver celle-ci avant le lever du jour. Viollet le Duc fait une filiation entre les menhirs et les lanternes des morts.
Hélène Utzinger a constaté, après une étude assez approfondie de la topographie de ces régions, que ces lanternes sont édifiées très souvent dans des zones marécageuses ou riches en étangs, ce qui revient au même puisque ce sont presque toujours les moines qui ont assaini des zones insalubres, marécageuses autour ou au voisinage de leur abbaye, pour établir des terres agricoles. La lumière jaune des lampes à huile pouvaient être une sorte d’antidote à la lumière bleue des feux follets des marécages située plus bas. [Les feux follets sont dus au dégagement de gaz des marais (méthane) qui s’enflamme spontanément en arrivant à la surface de l’eau, par temps très chaud et sec].

De nos jours l’hypothèse la plus sérieuse et plausible serait que la lumière placée dans le lanternon veillait sur les morts et chassait les mauvais esprits, ce serait en quelque sorte le prolongement des veillées mortuaires où le mort était entouré de cierges et de sa famille qui priait pour le repos de son âme.
C’est également le symbole que la vie n’est pas finie, puisqu’il y a l’espérance de la résurrection.

Implantation géographique

Elles sont surtout françaises, pour notre part nous n’en avons pas découvert à l’étranger sauf quelques-unes en Autriche. En France nos voyages nous ont permis de constater une forte concentration dans le Haut Limousin, La Marche, (c’est la région de la Souterraine au nord de Limoges), le Poitou ; sa densité est moindre dans l’Angoumois, la Saintonge, l’Aunis (les deux Charentes et les deux Sèvres). Il semblerait que les autres régions en soient dépourvues à part quelques exceptions comme nous le verrons plus loin.
En voici une liste loin d’être exhaustive :
- SAINT-GENOU, Indre, nord-ouest de Châteauroux. On voit bien ses fenestrons et sa porte pour accéder au clocheton, elle ne repose pas sur des degrés mais elle est très ventrue à sa base. Sa base est constituée de deux cônes superposés sur trois mètres cinquante de haut.
- CIRON, Indre, au nord d’Argenton sur Creuse. Nous sommes dans la région de la Brenne, cette lanterne est bien classique, plusieurs degrés, petite porte, pierre d’autel, clocheton à quatre fenestrons surmonté de la croix, elle est située à l’emplacement de l’ancien cimetière.
- JOURNET,Vienne, à l’est de Montmorillon. Elle est le type même de la lanterne classique.
- ORADOUR-SAINT-GENEST, Vienne, au sud de Montmorillon. Elle est au centre du cimetière, côtoyant les tombes anciennes et actuelles.
- ANTIGNY, Vienne, entre Montmorillon et Saint-Savin. Lanterne sur la place du village, à fût carré. L’église de ce village abrite, entre autres, une peinture murale des trois morts et des trois vifs.
- CHâTEAU-LARCHER, Vienne, au sud de Vivonne. Cette lanterne est bien classique.
- SAINT-AGNANT-DE-VERSILLAT, Creuse, au nord de la Souterraine. Fût hexagonal avec colonnettes, elle est située très haut dans le cimetière qui surplombe le village. Il faudrait presque un funiculaire pour y accéder !
- LA SOUTERRAINE, Creuse, au nord de Limoges, (c’est la capitale de la Marche) ; en 1850 elle était dans un triste état. On profita de la création d’un nouveau cimetière pour la restaurer pierre par pierre et refaire son lanternon qui brille et veille tous les soirs sur les tombes des défunts.
- SAINT-GOUSSAUD, Creuse, au sud de la Souterraine ; elle est très simple, voire même rustique.
- FELLETIN, Creuse, à onze kilomètres au sud d’Aubusson. Socle de marches circulaire, en granit, ouverture permettant de hisser la lampe au moyen d’une corde. Huit baies en plein cintre. Clocheton à huit pans, huit mètres de haut.
- CROCQ, Creuse, au sud-est d’Aubusson ; la chapelle Notre-Dame (XIIIe-XVe siècle) est surmontée d’un clocheton qui faisait office de lanterne des morts.
- SAINT-AMAND-MAGNAZEIX, Haute-Vienne, à l’est du Dorat ; elle est dotée d’une ampoule électrique, ce qui veut dire qu’elle est encore utilisée actuellement.
- RANCON, Haute-Vienne, au sud-est du Dorat. Elle est simple, bien élégante, son lanternon est terminé par une croix à cinq branches.
- SAINT-VICTURIEN, Haute-Vienne, à l’ouest de Limoges, à dix kilomètres de Saint-Junien. Elle est située dans le cimetière, elle est carrée à boudins sur les angles et mesure sept mètres de haut et repose sur un soubassement carré ; son lanternon a quatre baies en plein cintre et sa toiture est à quatre pans, elle a perdu sa croix tréflée depuis 1885.
- ORADOUR-SUR-GLANE, Haute-Vienne, à dix kilomètres au nord-est de Saint-Junien. Son cimetière possède deux lanternes, une du XIIe siècle qui est carrée à boudins sur les côtés, et possède une corniche habillée de feuillage à la base de ce qui était le lanternon car il a été détruit, seul subsiste le fût avec sa porte. On y montait en s’aidant de trous où l’on pouvait poser les pieds, elle est surmontée d’une croix. La deuxième lanterne, en béton, commémore le massacre du 10 juin 1944.
- BRIGUEIL, Haute-Vienne, à dix kilomètres au nord de Saint-Junien Elle se situe dans le cimetière, date de la fin du XIIe siècle et mesure deux mètres quarante ; son fût est cylindrique avec une porte béante, elle repose sur un socle rectangulaire, elle a été décapitée puisqu’il manque les assises supérieures ajourées pour le fanal, elle est surmontée d’une croix moderne.
- COGNAC-LA-FORêT, Haute-Vienne, à l’ouest de Limoges.
- COUSSAC-BONNEVAL, Haute-Vienne, à l’est de Saint-Yrieix la Perche. Malheureusement une maison est venue s’y accoler. D’après le panneau explicatif elle marque l’emplacement de l’ancien cimetière.
- CHERVEIX-CUBAS, Dordogne, ce village est difficile à situer, il est environ à soixante kilomètres de Saint-Yrieix la Perche et à six kilomètres au nord de Hautefort. La lanterne est située dans le cimetière de Cubas et date du XIIe siècle ; elle est cylindrique, une ouverture permet d’accéder jusqu’à la lampe qui était très visible en raison de ses quatre ouvertures rectangulaires, son sommet est conique surmonté d’une croix en pierre.
- SARLAT, Dordogne. Cette construction située au chevet de la cathédrale a servi occasionnellement de chapelle funéraire. Il est douteux que ce soit une lanterne des morts : il existe bien des ouvertures mais elles sont situées au premier niveau et non vers le sommet, qui reste plein ; lorsqu’on pénètre au rez-de-chaussée, une voûte apparaît immédiatement au-dessus de nos têtes ; il y a bien un trou dans cette voûte, par lequel auraient pu passer une lampe et sa corde mais que se passait-il quand il fallait changer cette corde ?
- ATUR, Dordogne, à six kilomètres au sud-est de Périgueux ; elle se situe dans l’ancien cimetière qui n’est plus affecté, elle date du XIIe siècle, c’est un fût cylindrique de cinq mètres de haut, à l’intérieur sont placés des trous où l’on pouvait poser les pieds pour se hisser jusqu’à la lampe. Son lanternon à colonnettes donne place à quatre ouvertures, son sommet est conique terminé par une boule surmontée d’une croix en fer.
- PRANZAC, Charente, à l’est d’Angoulême. Elle aussi est située à l’emplacement de l’ancien cimetière. On peut toujours monter dans l’intérieur de son fût, mais les marches sont étroites et usées.
- CELLEFROUIN, Charente, au nord de La Rochefoucauld ; située dans le cimetière qui surplombe le bourg, elle est posée sur un socle circulaire de cinq marches constituées de pierres tombales ; de son piédestal partent huit colonnettes soudées terminées par des chapiteaux surmonté d’un clocheton conique à écailles, quatre baies minuscules visent les points cardinaux ; elle mesure douze mètres environ.
- FENIOUX, Charente maritime, à l’ouest de Saint-Jean-d’Angély. Placée un peu en contre bas d’une petite départementale qui jouxte l’autoroute A 10. Il semblerait que ce soit la plus belle de France, et c’est sans doute l’exemple le plus typique d’une lanterne très ouvragée. Son fût est orné de onze colonnettes, le lanternon est constitué de treize petits piliers séparés laissant passer la lumière, surmonté d’un clocheton conique en écailles orné de quatre pyramidions. On peut facilement pénétrer à l’intérieur et trente-sept marches permettent aisément d’y monter pour faire une photo de l’intérieur du fût.
- SAINT-PIERRE D’OLéRON, Charente maritime ; elle se situe sur la place Camille Memain, ancien cimetière. Ses lignes sont sobres et élancées. à l’intérieur un escalier permet d’accéder au fanal, un autel s’adosse sur l’une des faces.
- PERS, Deux Sèvres, au sud de Niort ; quatre colonnettes avec chapiteaux ornent le fût, un autel s’adosse sur l’une des faces.
- LES MOUTIERS-EN-RETZ, en Vendée. Cette petite ville bâtie au pied des marécages vendéens possède une lanterne sur sa place ombragée de marronniers. Elle est également très classique et sobre, mais elle participe toujours à la vie de ses habitants, puisqu’à chaque enterrement et à la fête de la Toussaint la lampe est allumée.
En dehors de cette forte concentration il faut aussi citer :
- FONTEVRAUD l’abbaye, Maine et Loire, sur la route nationale de Saumur à Poitiers. C’est aussi une lanterne atypique. La chapelle funéraire Sainte-Catherine présente un plan carré à quatre contreforts surmontés d’une pyramide quadrangulaire, elle est surmontée d’une tour octogonale de quatre mètres de haut suivie d’une lanterne à huit ouvertures. Sa salle basse voûtée en coupole a servi d’ossuaire. Propriété privée.
- ESTIVAREILLES, Allier, à dix kilomètres au Nord de Montluçon ; c’est une lanterne classique du XIIe siècle située sur la place publique à l’emplacement de l’ancien cimetière.
- CULHAT, Puy-de-Dôme, sur la route de Clermont-Ferrand à Thiers ; elle aussi est située sur la place publique à l’emplacement de l’ancien cimetière, et elle date du XIIe siècle. Elle repose sur un socle circulaire, sa colonne cylindrique est en pierre de Volvic, avec une large ouverture à deux mètres du sol et six baies en plein cintre coiffées d’un sommet ovoïde surmonté d’une croix en fer.
- KAYSERSBERG, Bas-Rhin, à onze kilomètres à l’ouest de Colmar ; située dans le petit cimetière au centre de l’agglomération, elle est tronquée et ne mesure que deux mètres vingt au-dessus du sol. Son habitacle est à quatre baies qui laissent voir des traces de supports métalliques pour poser un cierge ou une lanterne.
-    - PéRIGNé-L’éVêQUE, Sarthe, à seize kilomètres au sud-est du Mans ; elle est située dans le cimetière et date du milieu du XIIe siècle. Tour cylindrique de treize mètres de haut, posée sur un soubassement de trois marches ; les quatre baies en plein cintre d’un mètre quarante-cinq de haut regardent les quatre points cardinaux. L’ensemble est terminé par un toit conique surmonté d’une croix en pierre. On monte à l’intérieur en posant ses pieds dans vingt-huit creux carrés, quatorze de chaque côté de la porte. Au XVIIe siècle lui a été accolée la chapelle sépulcrale Notre-Dame de Pitié.
    - NONGLARD, Haute-Savoie, à dix kilomètres d’Annecy ; elle est située à une centaine de mètres de l’église, c’est un fût cylindrique de trois mètres de hauteur et un mètre soixante de diamètre, simplement posé sur le sol et rempli de mortier, recouvert d’un grossier crépi. à mi-hauteur une porte aujourd’hui murée, mais garnie d’une pierre posée obliquement qui laisse penser à un pupitre réemployé. Une calotte en dôme surmonté d’une croix métallique moderne coiffe quatre ouvertures rectangulaires. Cette lanterne est sans doute la plus modeste et la plus rustique de l’inventaire.
    Il est surprenant de constater que ces édifices funéraires religieux n’aient pas été érigés dans les siècles suivants et que leur construction ait cessé, autant dire, au XIVe siècle.
Illustration : la lanterne des morts de Journet (Vienne).

Tombes et tombeaux

On pourrait penser que les tombes font par essence, partie de l’art macabre mais ce serait donner à ce terme macabre un sens un peu trop général. Nous avons choisi de répertorier les pierres tombales et monuments qui présentent un décor macabre, celui-ci pouvant être un squelette ou une partie de celui-ci, un sablier, un Putto, un flambeau éteint comme on peut en voir sur des sarcophages de l’Antiquité. De cette manière, toutes les tombes ne sont pas macabres, loin s’en faut.
En matière d’art funéraire (plusieurs associations existent à ce propos), toutes les époques sont intéressantes, de la plus haute antiquité à la période contemporaine et moderne. Les sculpteurs et les imaginations s’y sont donnés libre cours.
En matière d’art macabre les tombes médiévales ne sont pas très fréquentes, ne serait-ce qu’à cause des déplacements et destructions. Nous visitons avec intérêt le cimetière de Marville, dans la Meuse et sa chapelle transformée en musée lapidaire. En dehors d’une multitude de tombes anciennes captivantes nous y observons un ossuaire où les os innombrables sont remarquablement rangés et voisinent avec des boites à crânes. Si les ossements sont très anciens, les arrangements ont été faits au XIXe siècle.
Ces boites à crâne sont peu connues et assez curieuses ; on en trouve non rarement en Bretagne mais nous en avons trouvé une fois en Italie et aussi en Hongrie. Le but, bien sûr était de conserver l’identité du mort après que les os eussent été regroupés, anonymes, dans les ossuaires. Ces boites datent du XIXe siècle, elles portent le nom du défunt.
L’apparition de ces tombes médiévales et post-médiévales suit l’évolution artistique en rapport avec les grands tremblements de la Grande Peste noire et des calamités du XIVe siècle. En dehors de l’art macabre nous pouvons être captivés par des tombes de profession, comme dans le cloître Saint-Bavon de Gand ou le cimetière du Chalard à côté de Saint-Yrieix La Perche (Haute-Vienne).
Les XVIe et XVIIe siècles voient l’apparition de superbes monuments funéraires, en France comme ailleurs mais il faut attendre un peu et arriver à l’époque baroque pour voir une multitude de monuments funéraires tous plus « macabres » les uns que les autres, ceci davantage en Autriche et en Bavière que dans le reste de l’Europe. Dans ces deux contrées en effet on a « baroquisé » presque toutes les églises ainsi que les couvents romans et gothiques et l’on assiste à une explosion de cet art exubérant. La collection des ces tombes baroques est impressionnante et si l’anatomie laisse parfois un peu à désirer le grandiose, énorme, théâtral est roi.
Plus tard encore, du XIXe siècle à nos jours, l’art macabre disparaît pratiquement – la mort interdite dont parlait Philippe Ariès – mais les familles aisées continuent à rendre grand honneur à leurs défunts par des sculptures magnifiques où l’on discerne parfois la notion de gisant moderne. Beaucoup de nos grands cimetières révèlent de superbes monuments et peuvent faire les délices de certains photographes. La tendance actuelle à la crémation va faire disparaître ces beaux monuments et il faudra bien que les urnes cinéraires deviennent à leur tour des supports de cette forme d’art.

Illustration : la tombe de Agnès Bernauer au cimetière de Straubing (Bavière).

Le Transi

C'est une cassure, une révolution artistique, le transi apparaît parmi les gisants ; l'horreur et les vers, la putréfaction et les crapauds remplacent assez brusquement le sourire céleste, le heaume et le hennin. Guillaume de Harcigny ne joint pas les mains dévotement, mais tente de ses phalanges sèches de cacher un sexe pourri depuis longtemps (citation de émile Mâle). Vingt ans plus tard, le cardinal Lagrange exhorte le passant non pas à prier pour lui, mais à faire preuve d'humilité, car « tu seras bientôt comme moi, un cadavre hideux, pâture des vers ».
Ce n'est pas une idée simple que cette mise en application de contemptus mundi (mépris du monde). Il est bien significatif d'un glissement intellectuel, c'est à dire moral et religieux, où la vie éternelle est au second plan, après la décomposition terrestre - après ce siècle de peste, d'épidémie et de morts innombrables.
Le médecin Guillaume de Harcigny a vu des morts mis en tas, il a constaté son impuissance devant le fléau, et il ne serait pas étonnant qu'en signe de réalisme il ait voulu se faire représenter en transi.
Ce nouveau mode de sculpture va de pair bien entendu avec la représentation générale de la mort, de la Danse macabre. Les transis sont réalisés en nombre relativement réduits : sauf erreur on en dénombre cinq au XIVe siècle, soixante quinze au XVe siècle, cent cinquante-cinq au XVIe siècle et seulement vingt-neuf au XVIIe siècle, et un réalisé en 2005 qui appartient à un collectionneur privé.

Illustration : Transi de l'église de Gisors

Le Gisant

Le gisant apparaît en Europe de façon extrêmement progressive tout au long du premier millénaire. Les civilisations qui nous ont précédés (Rome, égypte…) avaient coutume de représenter les hauts personnages après leur mort. Le but était de conserver la mémoire et l’image du défunt tout autant que de lui assurer une pérennité dans l’au-delà. Pour des raisons sociales surtout, financières aussi, seuls les grands personnages bénéficiaient d’une effigie ou d’une marque de reconnaissance.
L’église primitive s’insinue dans ces rites et coutumes ; les sarcophages antiques sont parfois remployés et très progressivement on se met à représenter le visage, le corps de ceux qui se sont hissés au-dessus du comportement commun et donc les saints vont bénéficier de ces mesures. C’est à la fin du premier millénaire que l’on discerne les premiers gisants tels que nous les connaissons ; gravés en relief plus ou moins accentué, bénissant ou tenant leur crosse, et bientôt les mains jointes selon l’attitude du corps lui-même à l’intérieur du tombeau, ceci pour les laïcs qui commencent à se mêler aux religieux grâce à leur vie exemplaire et, ou, à la fondation de quelque monastère.
Parallèlement la société se structure : les trois états s’individualisent ; puisque la noblesse a pour rôle de défendre ceux qui prient, ceux qui travaillent, ceux qui sont faibles ou opprimés et surtout Dieu et la religion (Cf. les croisades), il paraît logique que leur représentation suive le même cours que celui des saints ecclésiastiques.
L’attitude des gisants se fixe et perdure. La silhouette est celle d’un individu debout (bien qu’il soit à l’horizontale), les mains jointes en une dernière oraison. Le visage est calme, serein, les yeux sont habituellement ouverts puisqu’il est représenté vivant. La tête repose sur un coussin ou une draperie, entourée parfois de deux anges ou de deux orants. Il est vêtu somptueusement, bien souvent de l’armure caractéristique de sa fonction et son écu est alors placé à son côté. Les pieds reposent sur son chien familier ou plus souvent sur un animal héraldique. Les Dames sont également superbement vêtues et ont une attitude analogue.
Il est à noter que les visages, anonymes pendant des siècles, se rapprochent peu à peu de la réalité, une habitude reposant sur le désir réel de conserver la mémoire mais aussi sur un aspect social relatif à un grand personnage qui doit marquer l’Histoire.
Le matériau est habituellement en pierre appartenant au sol local (granit, grès, calcaire blanc ou noir, marbre, parfois albâtre) mais un certain nombre a été fondu en bronze, en particulier dans les pays germaniques.

Illustration : le gisant de Othon I° à Grandson, en Suisse, Sud-Est du lac de Neuchâtel

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